« TRIBUNE – Jungle Bell » – par Julien Aubert

Fév 22, 2026

Cliquez pour visualiser la tribune du 09/02/2026

Chaque jour, le système onusien est mis à l’épreuve : enlèvement d’un chef d’État, menaces d’annexion du Groenland, frappes américaines contre l’Iran, retrait massif de Washington de nombreuses agences onusiennes. La paix par le droit s’efface. Il ne reste que la jungle. Trump n’est que l’aboutissement d’un choc initial survenu il y a trente-cinq ans : la chute de l’URSS. Les États-Unis ont alors compris que la Charte des Nations unies n’était plus indispensable dans un monde devenu unipolaire.

La guerre du Golfe, souvent présentée comme l’exemple du bon fonctionnement de la Charte, portait déjà les germes du délitement. Dès 1990, Washington agissait sans attendre réellement le Conseil de sécurité. À chaque crise, le droit s’adapte un peu plus aux ambitions américaines. En 1999, l’intervention au Kosovo fut légitimée a posteriori par la résolution 1244. Après le 11 septembre 2001, l’ONU reconnut le droit des États-Unis à agir au titre de la légitime défense. Avec l’Afghanistan, la « guerre juste » s’élargit dangereusement : la légitimité l’emporte sur la légalité.

Trump révèle brutalement un système conçu en 1945 par les États-Unis, puis progressivement abandonné depuis les années 1990. Comme l’a rappelé Jacques Attali, leur relation à l’Europe repose sur le rapport de force. Les États-Unis défendent le droit lorsqu’il sert leur stratégie, comme l’illustre le traité New START signé par Obama. Pour la France, l’enjeu est existentiel : nous avons besoin que l’ONU survive, car le Conseil de sécurité nous confère une influence que notre puissance réelle ne justifie plus. En revanche, dans un monde redevenu dangereux, nous n’avons aucun intérêt à brider notre dissuasion nucléaire.

Signée par Julien Aubert, cette tribune mérite votre attention !